Style littéraire

Ce que mon écriture cherche à faire sentir

J’écris dans un réalisme qui se fissure progressivement : tout commence de manière simple, presque ordinaire, avant qu’un décalage s’installe. Mon style privilégie les sensations aux explications, en s’appuyant sur les silences, les détails et les perceptions plutôt que sur l’action directe. La tension y est lente et diffuse, née d’un malaise discret ou d’un élément à peine anormal. Les personnages évoluent souvent dans un déséquilibre intérieur, tandis que les lieux participent pleinement à cette instabilité. Le fantastique s’y introduit d’abord de façon ambiguë, presque imperceptible, puis se révèle peu à peu au fil du récit, sans jamais rompre complètement avec le réel.

Style normal

Claire attendait le bus. Il faisait froid. Elle regardait sa montre toutes les deux minutes. Le bus avait du retard. Elle s’impatientait. Un homme s’est approché d’elle, mais il est resté silencieux. Finalement, le bus est arrivé.

Pourquoi ce texte est dans un style normal :

  • Syntaxe simple : phrases courtes, sujet-verbe-complément, aucun effet recherché.
  • Aucune subjectivité : l’auteur ne cherche ni à faire ressentir, ni à peindre une atmosphère.
  • Pure transmission d’information : on relate des faits comme une suite d’événements.
  • Zéro immersion émotionnelle : on reste en surface, tout est dit sans nuance

Effet : le lecteur comprend ce qu’il se passe, mais il ne ressent rien. C’est un style utilitaire.

Style réaliste

Claire attendait le bus 72 depuis maintenant plus de dix minutes. Le vent soufflait entre les bâtiments, glacial malgré son manteau de laine. Elle sortit son téléphone : 17h41. Le bus aurait dû passer à 17h30. Autour d’elle, quelques passants pressaient le pas. Un homme s’arrêta près d’elle, enfoncé dans son écharpe, les yeux fixés sur la route. Claire soupira. Encore une journée qui finirait en course contre la montre.

Pourquoi ce texte est réaliste :

  • Précision concrète : mention du numéro de bus, de l’heure, du téléphone, des vêtements.
  • Observation détaillée : on décrit le vent, les gestes, les réactions physiques.
  • Temps narratif maîtrisé : alternance d’actions brèves et de descriptions fines.
  • Perspective extérieure avec touche intérieure : on reste factuel, mais avec des indices de ressenti (le soupir, la pensée de Claire à la fin).

Effet : le lecteur voit et comprend la scène comme s’il y était. L’écriture donne une impression de réel, d’authenticité.

Mon style

Le froid s’était insinué dans les coutures de son manteau. Claire ne bougeait presque pas, sauf pour jeter un coup d’œil discret à sa montre, puis au bout de la rue, où rien ne venait. L’air semblait suspendu, comme en attente lui aussi. À côté, un homme s’était arrêté. Ils ne s’étaient pas regardés. Mais sa présence, légère, suffisait à déplacer quelque chose dans le silence. Le bus tardait, mais ce n’était plus vraiment le bus qu’elle attendait.

Pourquoi ce texte incarne mon style :

  • Écriture sensorielle et diffuse : le froid « s’insinue », l’air « est suspendu », on ne décrit pas : on suggère.
  • Narration flottante et intérieure : on entre dans un état, un climat. Peu de faits, beaucoup de non-dits.
  • Temporalité ralentie : tout semble au ralenti, suspendu, entre deux instants.
  • Ambiguïté volontaire : on parle du bus, mais on comprend qu’il s’agit de plus que cela (attente intérieure, solitude, besoin de présence).
  • Le cœur est dans le non-dit : l’émotion est dans l’atmosphère, pas dans les mots directs.

Effet : le lecteur ressent sans qu’on lui dise quoi ressentir. Il entre dans un climat intérieur, une intimité implicite. L’histoire devient une sensation.

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